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Quelle est votre histoire aujourd'hui ?
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<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/1-la-femme-lezard.png" alt="femme-lézard" height="400" width="400"/>
Il était une fois une femme-lézard. Elle avait un corps de femme, une peau écailleuse et de longs cheveux bruns.
On la distinguait de loin, car ses écailles brillaient sous le soleil d'un vert qu'on ne voyait nulle part ailleurs. Sa gorge était délicatement teintée d'un beau bleu turquoise. Et ses yeux semblaient si opaques qu'on aurait pu les confondre avec deux pierres noires soigneusement polies.
Elle était unique.
A tel point qu'elle faisait l'envie de ses voisines, trois soeurs, trois femmes-couleuvres. Celles-ci ne manquaient de rien, mais faisaient bien pâle figure aux côtés de la femme-lézard. Leurs propres écailles étaient si ternes, leurs yeux si quelconques ; on ne leur prêtait pas beaucoup attention.
Sous couvert d'amitié, les trois soeurs exigeaient toujours plus de leur paisible voisine : argent, vêtements, services... Sans jamais lui rendre quoi que soit en retour.
Un jour, la femme-lézard décida donc d'aller frapper à leur porte pour demander une explication.
Sur le chemin qui menait à la maison des femmes-couleuvres, elle fit une rencontre inattendue. C'était un crapaud.
- Je suis bien loin de ma mare, lui dit-il. M'emmèneras-tu avec toi pour m'en rapprocher le plus possible ?
- Si tu veux, lui dit-elle.
Et elle le plaça délicatement dans son sac.
Quelques mètres plus loin, un corbeau, qui avait observé toute la scène depuis son arbre, vint se percher sur son épaule.
- Je suis très âgé, lui glissa-t-il doucement à l'oreille. M'aideras-tu à rejoindre mon arbre ?
- C'est d'accord, répondit la femme-lézard. Et elle le laissa se nicher dans son cou.
Arrivée tout près de la maison de ses voisines, elle remarqua alors un minuscule plant de clématite. Celui-ci, en l'apercevant, se mit à la supplier :
- Je vais bientôt mourir faute de soleil et d'eau. S'il te plaît, emporte-moi loin d'ici !
La femme-lézard n'eut pas le coeur de refuser. Elle déterra donc soigneusement le plant, puis le plaça dans la poche de son manteau.
Et enfin, elle alla frapper à la porte des trois soeurs.
L'aînée lui ouvrit et la dévisagea froidement. Alors qu'un coassement se faisait entendre depuis le sac de la femme-lézard, elle ricana :
- Qu'est-ce que tu viens faire ici ? M'apporter mon dîner ?
En instant, le crapaud s'extirpa de sa cachette, gonfla, s'étira et s'élargit, à tel point qu'il était désormais aussi gros que la maison.
Puis il ouvrit très grand la bouche, et goba la femme-couleuvre.
L'air satisfait, il reprit sa taille normale et retourna dans le sac.
La femme-lézard passa la porte, jetant des coups d'oeil un peu partout, mais ne trouva personne. Elle ressortit alors afin d'accéder au jardin qui se trouvait à l'arrière.
La cadette des trois soeurs prenait le soleil au pied d'un arbre, et ne vit pas cette intrusion d'un très bon oeil. Elle commença à houspiller sa voisine :
- Que fais-tu là ? C'est interdit de se promener ici !
Des plumes chatouillèrent le cou de la femme-lézard, et le corbeau pris son envol. Il se posa dans l'arbre et émis un croassement sonore, curieusement fort pour une si petite bête.
Une nuée noire et bruyante envahit alors le ciel. Des dizaines et des dizaines de corbeaux, semblant venir de partout, vinrent grossir la masse qui s'abattit sur la femme-couleuvre.
Lorsqu'ils en eurent terminé, il ne restait plus grand-chose d'elle. A peine quelques os, blancs et luisants dans la lumière du jour.
La troisième soeur, qui rentrait tout juste chez elle, hurla quand elle découvrit ce qui était arrivé.
Dans un élan de rage, elle attrapa la femme-lézard par les cheveux, et la jeta au fond d'un vieux puits, qui était encore utilisé pour arroser le potager.
Cette dernière se croyait perdue et sur le point de se noyer, lorsqu'elle sentit quelque chose frémir dans sa poche.
Le plant de clématite s'allongea et tendit ses vrilles vers le ciel, à tel point qu'il atteignit très vite la margelle en pierre.
Il hissa alors la femme-lézard en direction du ciel, saisit la dernière des soeurs qui tentait de s'échapper, et la lâcha au-dessus du puits.
Il y eut un unique craquement, et le jardin retrouva sa tranquilité.
Depuis ce jour, la femme-lézard s'est installée dans la coquette maison désormais inoccupée.
Son toit accueille de nombreux corbeaux qui ne sont jamais chassés.
Une jolie mare abrite des familles de batraciens, que l'on n'irait pas déranger.
Et dans le jardin courent librement des tiges de fleurs jaunes, roses et pourpres, que personne ne se risque à couper.
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<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/2-la-petite-fille.png" alt="petite fille" height="400" width="400"/>
Lorsque les nuits sont longues et que le jour semble trop court, on se trouve parfois confronté à des apparitions étonnantes, dont on doute une fois le soleil revenu.
Hugo était boulanger.
Il se levait très tôt chaque jour pour se rendre au travail, et il prenait invariablement la même route.
Et, chaque jour, lorsqu'il passait devant le cimetière, il apercevait une petite fille debout, immobile, qui l'observait.
Elle n'occupait pas toujours la même place. Elle se trouvait parfois à côté du mur, ou de l'autre côté du portail fermé. Ou encore sous un if, qui poussait près de l'entrée.
Tout adulte responsable se serait inquiété de la présence d'une enfant à cette heure et dans ces lieux.
Mais Hugo avait aperçu une curieuse lueur rouge dans les yeux de la petite, qui l'avait dissuadé de s'approcher.
Certains jours il doutait même de ce qu'il avait vu. C'était sans doute un tour de son imagination. Et de toute façon il ne se passait jamais rien de plus. Pourquoi aurait-il dû s'inquiéter ?
Un matin alors qu'il se mettait en route comme à son habitude, il tourna machinalement la tête en direction du cimetière.
Il n'y avait personne.
Surpris, Hugo marqua un temps d'arrêt. Avait-il halluciné jusqu'ici ? Y avait-il en fait une explication parfaitement logique ?
C'est alors que, provenant de derrière lui, il entendit une petite voix murmurer :
- Hugo.
Si vous aussi vous prenez la route alors qu'il ne fait pas encore jour, vous passerez peut-être près de ces lieux.
On aperçoit un homme immobile, debout, qui observe les passants depuis le cimetière. Il n'occupe pas toujours la même place. Il a un regard qui semble l'éclairer de l'intérieur, comme illuminé de rouge.
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<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/3-le-lac.png" alt="le lac" height="400" width="400"/>
Il y a fort longtemps, une princesse vivait dans un château bâti près d'un lac.
Le roi son père était de plus en plus inquiet. Car chaque nuit, sa fille disparaissait de sa chambre, sans que quiconque sache où elle allait.
Il avait tout essayé : il la faisait dormir dans des pièces différentes, il verrouillait lui-même chacune des issues, et il enfermait avec elle des serviteurs de confiance afin de la surveiller.
Mais rien n'y avait fait.
Chaque matin alors que le roi déverrouillait la porte, il trouvait les serviteurs plongés dans un profond sommeil et sa fille, souriante, les traits tirés, qui attendait sagement.
Jamais elle ne répondait à ses questions, à ses suppliques comme à ses menaces.
La question des disparitions nocturnes de la princesse l'obsédait de plus en plus.
Le roi ajouta des verrous sophistiqués à toutes les portes. Mais il découvrit bien vite que personne n'y touchait pendant la nuit.
Excédé, il s'installa avec les serviteurs en charge de la surveillance, convaincu qu'il serait plus résistant. Il s'endormit comme les autres.
Dans le fond peut-être que cette disparition était sans importance. Car la princesse était de retour dans sa chambre chaque matin, indemne. Peut-être qu'un père, même un roi, doit savoir quand il faut abandonner.
Ce n'était pas ainsi que le souverain considérait les choses.
Alors, à court d'idées, il fit passer le message dans tout le royaume, qu'il exaucerait le voeu le plus cher de celui de ses sujets qui lèverait le mystère.
Des dizaines d'hommes et de femmes, de tous les âges et de toutes les conditions, se présentèrent pendant des années après cette annonce. Tous échouaient les uns après les autres.
Jusqu'au jour où, alors qu'on déverrouillait les portes de la chambre de la princesse, on découvrit assis à ses côtés l'homme qui s'était porté volontaire la veille.
C'était un solide paysan, intelligent et téméraire, qui s'était longuement vanté de pouvoir resté éveillé.
Personne ne su jamais comment il avait fait. Il était comme plongé dans une sorte de transe, les yeux grand ouverts, le regard perdu. Il marmonnait tout bas. Bien qu'il n'y ait aucune trace de sang, il lui manquait désormais tous ses doigts.
Après plusieurs jours sans dormir, il finit par s'éteindre, sans qu'on soit parvenu à en savoir plus.
Ses murmures poursuivèrent longtemps le roi longtemps après la mort du paysan.
Bien que ceux-ci étaient inaudibles la plupart du temps, on discernait certains jours quelques mots à propos d'un lac, d'un appel et de remous dans le noir.
Les royaumes naissent avec des dynasties et des conquêtes. Il s'éteignent aussi parfois, avec des morts et des révolutions.
Celui-ci a pris fin avec un roi au bord d'un lac, guettant chaque jour l'eau froide et profonde, sans jamais obtenir de réponses.
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<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/4-lhopital.png" alt="l'hôpital" height="400" width="400"/>
Là où je vis, on se raconte une étrange histoire que je n'ai jamais entendue ailleurs.
On dit qu'une porte fermée est en fait une porte ouverte vers ailleurs. Et qu'avec certains rituels il est possible de découvrir ces autres lieux.
Avec mes amis nous n'avons jamais craint ce genre de supersition. Ainsi lorsque l'un d'entre nous a hérité de l'histoire, nous n'avons pas longtemps hésité avant de passer à l'action.
Le rituel était étrangement simple. Peu de matériel, quelques gestes et une incantation qui ressemblait presque à une comptine.
Quand nous l'avons prononcée, nous n'avons pas pu nous empêcher de sourire. En plus il ne faisait même pas nuit. Il n'y avait rien d'effrayant là-dedans, nous perdions notre temps.
Puis, nous avons ouvert la porte.
Nous avions choisi celle d'une chambre au hasard, cela n'avait pas d'importance.
Mais nous ne reconnaissions plus la pièce.
C'était un long couloir aux murs et au sol blancs. On n'en distinguait pas le bout. Il y avait plusieurs portes de part et d'autre, qui semblaient en partie vitrées.
On aurait dit un hôpital, mais la faible lumière des néons et le silence qui régnait contredisaient cette impression.
Un seul d'entre nous osa passer le seuil de la porte.
Nous le regardions avancer sans dire un mot, alors que nous le pressions de questions.
Il s'arrêta longuement devant certaines portes, contemplant ce qu'elles contenaient.
Alors qu'il s'éloignait de plus en plus, il fit même un geste pour ouvrir l'une d'entre elles. Puis il se ravisa brusquement, et fit demi-tour à grandes enjambées.
Lorsqu'il nous rejoignit, je crois avoir entrevu, un très bref instant, une silhouette qui émergeait de la lointaine obscurité.
Mon ami claqua la porte avant de me laisser le temps d'en voir plus.
Il n'a jamais voulu vraiment raconter cette expérience à qui que ce soit. Parfois pendant une soirée un peu trop festive, il laisse émerger quelques souvenirs. Il parle d'une femme qui pleure dans un coin. D'un bébé avec des yeux trop grands. Ou encore d'un animal qu'il n'est pas parvenu à reconnaître. Et quand il s'endort finalement, on l'entend fredonner tout bas une chanson dont on ne distingue pas les paroles.
Si l'histoire en était restée là, peut-être que nous aurions pu l'oublier.
Mais j'ai reçu un texto aujourd'hui. Notre ami s'est mis à se gratter horriblement. Il dit qu'il a quelque chose sous la peau.
On vient donc de le faire admettre à l'hôpital.
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<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/5-le-reve.png" alt="le rêve" height="400" width="400"/>
Est-ce que vous rêvez souvent ?
Vous ne vous en souvenez probablement même pas.
Moi non plus la plupart du temps.
Mais pas pour celui-là.
Ce rêve se passe... nulle part. C'est le seul où j'ai conscience de ne pas être à un endroit.
Il y a une femme qui appelle sans cesse.
Elle passe par un de ces anciens téléphones fixes, le modèle avec un cadran rond et un cordon en spirale.
Lorsque je réponds, j'entends la colère dans sa voix. Je ne sais pas ce qu'elle dit exactement, je comprends seulement qu'elle en veut aux femmes de chez moi.
Je ne réponds rien. Je sens que je la repousse avec force.
Et lorsque je raccroche, je suis aussi un peu en colère.
Qu'est-ce qu'elle croit ? Qu'elle peut nous effrayer juste comme ça ?
[[Retour|Tirage]]<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/6-les-ombres.png" alt="les ombres" height="400" width="400"/>
A la lumière du jour nous croyons si naturellement être en sécurité.
Pourtant, nous avons bien conscience de quelque chose à la marge.
Une ombre qui se déplace furtivement, aperçue du coin de l'oeil. Un objet qui ne devrait pas être là, ou au contraire qui est manquant. Le craquement d'une latte de plancher, une porte qui grince, un souffle d'air venu de nulle part.
Mais nous ne souhaitons pas être dérangés. Et tandis que le soleil brille il est facile de se dire qu'on n'a rien remarqué.
Mais elles, elles nous remarquent.
Elles, ce sont ces formes furtives qui nous suivent d'un peu trop près. Elles se sauvent dès qu'on essaie de les distinguer.
Quand on est quelqu'un d'un peu joueur, ou pas très malin, il est tentant d'essayer de les piéger.
Savez-vous comment procéder ?
Beaucoup d'infos circulent à ce sujet. Si on en croit l'une d'entre elles, il suffit d'un trou.
Un trou qu'on aura creusé soi-même, ou déja existant ; l'important c'est qu'il soit assez grand pour ce qu'on veut en faire.
On devra attendre la nuit pour s'en servir, car il doit être rempli d'obscurité. On ne doit pas en voir le fond et il ne faut apporter aucune source de lumière.
Il suffit alors d'énoncer, à voix haute, l'intention de renconter ceux qui sont ici et partout. Puis de tendre la main dans la cavité.
Pour la suite, personne ne vous garantira ce qui se passera à partir de ce moment-là.
On vous aura prévenu.
[[Retour|Tirage]]
<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/7-la-balayeuse.png" alt="la balayeuse" height="400" width="400"/>
Balayeur, balayeuse : personne qui balaie.
A priori, une définition fort simple.
Pourtant elle ne s'applique pas vraiment à celle à qui je pense.
C'est une femme. Elle semble plutôt âgée mais c'est assez difficile d'apercevoir son visage sous le carré de tissu qui recouvre ses cheveux. Elle porte une jupe longue ainsi qu'une blouse, et ce quelle que soit la saison. Je ne me souviens pas de la couleur de ces vêtements.
On peut l'observer en train d'accomplir sa tâche devant sa maison, un peu à l'écart des autres habitations.
La femme s'applique. Elle balaie consciencieusement son porche, ainsi que les dalles de l'allée.
Jamais elle ne relève la tête.
Personne n'ose l'interrompre, pas même les enfants qui se moquent d'elle lorsqu'ils ne sont pas à sa portée.
Comme une fatalité de l'existence, on l'accepte mais on fait semblant de ne pas la voir.
Pourtant, vous devriez lui prêter attention.
Car parfois elle n'est pas à la maison.
[[Retour|Tirage]]<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/8-l-arbre.png" alt="l'arbre" height="400" width="400"/>
Il était une fois un arbre.
Un arbre qu'on remarquait facilement, car c'était le seul dans la plaine.
On aurait pu se demander pourquoi.
Mais quand on l'apercevait, ce n'était pas la première question qui venait à l'esprit.
Son tronc avait une curieuse apparence, comme si l'écorce avait absorbé un homme.
On distinguait si bien chaque membre et chaque détail qu'il était difficile de croire à une anomalie de la nature.
C'était plutôt comme une sorte de fusion. Est-ce que cette branche avait été autrefois un doigt ? Cette racine avait-elle émergée d'un pied ?
Et ce visage, dur, rigide et froid, qu'avait-il fait pour mériter ça ?
[[Retour|Tirage]]<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/9-le-puzzle.png" alt="le puzzle" height="400" width="400"/>
Peut-être aimez-vous faire un puzzle de temps en temps.
Rien de tel pour se vider la tête.
Une pièce après l'autre, chaque trouvaille est une petite victoire,
C'est tellement satisfaisant !
Le puzzle auquel je pense procure ces mêmes sensations. Et d'autres.
On ne le trouve qu'une seule fois dans sa vie, et seulement si on le recherche.
Il n'y aucun modèle sur la boîte, juste un mot en majuscules qui décrit à peine son contenu : PUZZLE.
Pas d'indication de nombre de pièces. Pas de marque. Rien qu'une boîte contenant des morceaux colorés.
Malgré tout, quand on commence cet ouvrage, une certaine cohérence semble se contruire petit à petit.
C'est tout naturellement que vous assemblerez cette pièce avec une autre, alors que la seconde d'avant cela n'avait encore aucun sens.
Puis des formes émergeront de l'image que vous constituerez peu à peu. Elles vous seront familières, ou totalement inconnues.
Vous verrez des visages, des lieux, des objets.
Des événements passés, ou qui ne se sont pas encore produits.
Une chance à saisir, ou un drame à éviter.
Un choix à faire, ou un renoncement.
Quelque soit votre cas, souvenez-vous simplement :
cette opportunité ne se présentera qu'une seule fois.
[[Retour|Tirage]]<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/10-la-voiture.png" alt="la voiture" height="400" width="400"/>
Notre voiture, c'est un outil de liberté.
Elle nous emmène partout où on le souhaite, quand on le souhaite.
Elle nous protège des intempéries, mais aussi des autres conducteurs.
C'est notre espace, notre bulle, et nous aimons penser qu'elle nous donne le droit d'aller n'importe où.
Mais pas vraiment en fait, vous ne pensez pas ?
Vous restez limité par la route, par votre destination, par des règles qui régissent le bon fonctionnement de notre système.
Que se passerait-il si vous trouviez le moyen d'en sortir ?
Certains véhicules sont connus pour circuler hors de ces limites.
Un ancien modèle de Volvo noire, qui ne circulerait que la nuit et dont les vitres sont teintées.
Un break qui vous emmène sur des routes interminables, toujours droites, tandis que vous découvrez un paysage dont vous n'auriez jamais soupçonné l'existence.
Un modèle inconnu et sans chauffeur, qui vous ouvre la porte et vous invite à monter pour voir se réaliser votre plus grand rêve.
Vous trouverez peut-être ces véhicules en vente dans un garage ou par quelqu'un qui vous demandera de ne pas trop poser de question.
Vous tomberez à l'improviste sur l'un d'entre eux dans une décharge ou sur le bord d'une route.
Ou alors ce sera un ami qui vous tendra les clés en insistant pour vous le prêter.
Quel que soit le point de départ, la question reste la même : monterez-vous ?
[[Retour|Tirage]]<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/11-les-oiseaux.png" alt="les oiseaux" height="400" width="400"/>
Aimez-vous le chant des oiseaux ?
Si vous posez la question autour de vous, vous recevrez sans doute des réponses bien différentes.
Il y a ceux pour qui ces piaillements sont tout simplement insupportables. D'autres qui sont charmés, voire passionnés, par ces dialogues pleins de vie.
Et pour la plupart d'entre nous, nous n'y prêtons même plus attention.
Certains le mériteraient pourtant.
Ils devraient vous donner un sentiment d'alerte et d'insécurité. L'impression qu'un danger imminent est sur le point d'arriver.
Les auteurs de ces chants ne sont pas très impressionnants il est vrai. Il sont à peine gros comme le poing. Leur plumage est d'un beige tout à fait quelconque. Ils se déplacent sans se faire remarquer et on ne sait même pas où ils nichent.
Quand ils commencent à s'intéresser à vous, vous ne savez pas encore à quel point leur présence va vous étouffer peu à peu.
Ils chanteront la nuit derrière vos volets.
Ils vous trouveront partout où vous irez vous cacher.
Vous les entendrez même quand vous ne les verrez pas.
Vous les suivrez finalement, quand ils vous le fredonneront.
Et vous entrerez là où il fait sombre, juste pour qu'ils arrêtent leur obsédante chanson.
Celui que vous rencontrerez était impatient de votre venue.
Ce n'est pas un oiseau.
D'ailleurs, son visage ne vous serait-il pas familier... ?
[[Retour|Tirage]]<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/12-la-berceuse.png" alt="la berceuse" height="400" width="400"/>
Il y a longtemps que j'habite dans mon immeuble, et je m'y trouve bien.
Je ne suis pas quelqu'un de très aventureux, j'aime garder mes repères au quotidien.
Contrairement à d'autres, je trouve l'activité urbaine et le bruissement de mes voisins particulièrement rassurants.
Leurs voix lointaines, leurs pas dans l'escalier, le claquement des portes ; j'ai intégré leur rythme quotidien comme si nous faisions partie de la même famille.
Depuis peu j'ai une nouvelle voisine. Je vis dans l'appartement 34, elle au 33. Ma chambre et celle de son bébé sont mitoyennes.
C'est une femme qui m'inquiète un peu je dois dire.
Elle ne sort pas beaucoup. Les rares fois où elle se déplace, elle semble nerveuse et effrayée.
Ses traits sont tirés, elle ne doit pas dormir assez. Mais ce n'est pas très étonnant, car elle semble être la seule à s'occuper de l'enfant.
Hier encore je l'ai aperçue sur notre palier, jetant des petits coups d'oeil furtifs de tous les côtés, avant de s'engager précipitamment dans les escaliers.
Chez elle, elle fait souvent les cent pas, que son bébé soit calme ou agité.
Comment je sais tout cela ? Si j'ai bien un défaut, je dois le reconnaître, c'est la curiosité.
Je passe donc beaucoup de temps à observer ce qui se passe par l'oeilleton de ma porte d'entrée. Souvent, je colle aussi mon oreille sur notre mur mitoyen, et j'entends ma voisine fredonner.
Elle chante toujours le même air, la même berceuse.
Je l'ai tellement entendue que je me surprends moi-même à la chantonner. Dans la rue, quand je me promène dans mon quartier. Dans les couloirs quand je remonte chez moi. Et même derrière ma porte, tandis que je scrute le pallier.
Je dois commencer à manquer de discrétion. Les passants semblent de plus en plus agacés ou interloqués en m'entendant. Mes voisins jettent des regards surpris en direction de ma porte, ou pressent le pas en faisant mine de n'avoir rien remarqué.
Cela m'ennuie de plus en plus. C'est pourquoi aujourd'hui j'ai fait une promenade au parc, situé un peu plus loin de mon périmètre habituel. Je me suis dit qu'une nouvelle ambiance m'aiderait à me sortir ce petit air agaçant de la tête.
Lorsque je repris enfin la route de chez moi, je m'aperçus rapidement que c'était un échec. J'avais recommencé à fredonner sans même m'en rendre compte.
En entrant dans mon immeuble, je me forçai à me taire. C'était ridicule de ne pas parvenir à se dominer ! Ce n'était qu'une chanson.
Dans la cage d'escalier, j'entendis alors les échos d'une conversation. C'était ma voisine. Elle discutait nerveusement avec la dame âgée qui vivait dans l'appartement en-dessous du sien.
Celle-ci avait pris une voix rassurante, comme celle qu'on adopte pour tenter de raisonner un enfant :
- Je vous assure que vous n'avez rien à craindre, ma petite. Vous êtes simplement fatiguée et à bout de nerfs. Personne n'occupe l'appartement 34 depuis des années. Il n'a jamais été rénové depuis l'incendie.
[[Retour|Tirage]]<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/13-le-tableau.png" alt="le tableau" height="400" width="400"/>
Lorsqu'on a l'habitude des histoires étranges et fantastiques, on devine tout de suite que ce tableau recèle l'une d'entre elles.
Ce n'est pas tant ce qu'il représente que ce qu'il fait ressentir lorsqu'on l'observe qui interpelle.
Et ce sentiment, c'est la curiosité.
La première fois, on ne peut s'empêcher de le fixer, en scrutant attentivement chaque détail.
La scène en elle-même n'a pourtant rien de bien particulier. Il s'agit d'un paysage, probablement à l'orée d'un bois. On aperçoit des montagnes, ou des nuages, au loin. Sur le côté gauche, une construction, ou une sculpture, c'est assez difficile à distinguer. Et enfin au premier plan, une silhouette indéterminée, portant une cape et sans doute un chapeau, qui semble attendre.
Vous verrez peut-être cette peinture un jour, chez un proche ou dans une galerie.
Et comme les autres avant vous, elle vous restera en mémoire et vous souhaiterez l'observer à nouveau.
Alors, vous reviendrez. Et vous regarderez à nouveau chaque élément de la toile, chaque trace du pinceau, en cherchant si quelque chose aurait changé depuis la dernière fois.
Ce ne sera pas le cas.
Les tableaux ne sont que des images peintes immuables.
Vous en rêverez la nuit, parfois même pendant la journée. Quand vous reviendrez à vous, vous n'aurez guère progressé : vous ne parviendrez toujours pas à déchiffrer son secret.
Autour de vous les choses changeront : un objet qui ne sera plus à sa place, un événement passé qui n'existera plus, une personne chère à votre coeur qui n'aura jamais été là.
Mais allez-vous seulement vous en apercevoir ?
[[Retour|Tirage]]
<img src="https://www.gare-au-placard.fr/wp-content/uploads/2023/02/14-la-poupee.png" alt="la poupée" height="400" width="400"/>
Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi les poupées étaient le sujet d'autant de films d'horreur.
La mienne n'y aurait pas sa place.
Le jour où elle me l'a offerte, ma tante avait un grand sourire, ainsi que toute une liste d'informations à me donner.
Elle avait un ton presque surexcité quand elle m'expliqua les possibilités qui s'offraient à moi désormais.
C'était un cadeau unique, et j'allais pouvoir m'en rendre compte très vite par moi-même.
La poupée me ressemblait parfaitement. Le travail de reproduction avait été exécuté avec minutie, c'était une parfaite copie miniature de moi-même.
Seule son expression était légérement différente, comme si elle avait des sentiments qui lui appartenaient.
Je lui confiais tous mes secrets et tous mes souhaits.
Dès qu'un problème survenait, c'était vers elle que je me tournais.
Ma tante avait entièrement raison : j'avais reçu le cadeau parfait.
Lorsque l'accident me brisa les deux jambes, ma poupée avait une expression particulièrement intense, presque douloureuse.
Quand je lui ai murmuré le nom de celui que je voulais voir disparaître, elle prit cette fois un air féroce.
Je prenais bien soin d'elle chaque jour. Je brossais ses cheveux. Je nettoyais ses vêtements tâchés. J'observais avec fascination les changements de son apparence tandis que je restais la même personne.
Cela fait longtemps que nous vivons ainsi, en harmonie.
Mais rien ne dure toujours, n'est-ce pas ?
Et ce soir tandis que j'attends la conclusion de notre histoire, je découvre sur son visage une attente, ou alors une angoisse, que je ne lui avais jamais vue.
C'est probablement ce qu'on ressent, quand on sait que c'est la fin.
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function EmbedTwineUpdateHeight(){
var passage = document.getElementsByTagName("tw-passage")[0];
if (passage === undefined){//SugarCube
passage = document.getElementById("passages");
}
var newHeight = passage.offsetHeight;
if(newHeight<500){newHeight=500;}
window.parent.postMessage(["setHeight", newHeight], "*");
console.log(newHeight);
}
setTimeout(EmbedTwineUpdateHeight, 50);
<</script>>