Ne demandez pas où elle se trouve exactement, on ne vous le dira pas par respect pour les occupants actuels.
Son histoire remonte au 17ème siècle, lorsqu’un peintre anonyme originaire des Pays-Bas s’y installe afin de fréquenter la communauté artistique française.
Adrian Van Der Meer est un jeune artiste plutôt médiocre. Ses œuvres de style baroque peinent à trouver leur public. Fatigué d’attendre le succès et la célébrité, Adrian choisit de s’exiler en France, où il pense trouver de nouvelles opportunités pour sa carrière.
Le jeune homme est très prolifique. Les murs de sa jolie maison rue des lilas sont bientôt couverts de ses toiles. Et la gloire s’annonce enfin. Mais pas comme il s’y attendait.
Car ses visiteurs font bientôt courir d’étranges rumeurs. Ils affirment que les peintures changent. Les personnages ne se trouvent pas toujours à la même place ou dans la même position. Les couleurs et les formes diffèrent selon le moment où on les observe.
Parfois, les scènes en deviennent si terrifiantes qu’on ne peut plus supporter de les regarder. Certains prétendent même avoir découvert des messages cachés à l’occasion de ces changements. Cependant ils refusent de les révéler.
Les curieux et les téméraires se pressent à la porte du peintre. Mais, épouvantés par ce qu’ils découvrent, aucun d’entre eux ne fait l’acquisition d’une toile. Adrian est alors bel et bien célèbre… et vit dans la misère.
Voici cinq des ses œuvres qui firent l’objet des plus importantes rumeurs.
Malheureusement, seuls des brouillons et des versions incomplètes nous sont parvenus.
Le Rêve de Médée
Cette scène représente la princesse Médée, assoupie dans son lit, entourée de bougies et de miroirs. Des ombres dansantes se reflètent sur les murs, et une aura sinistre entoure sa figure. On peut discerner une lame de poignard brillante posée à côté d’elle.
Quel acte terrible est-elle sur le point de commettre ?
L'Abandon de la Raison
Ce tableau représente une assemblée de personnes richement vêtues. Elles semblent en proie à la folie. Certaines se battent ou se griffent eux-mêmes, tandis que d’autres se roulent sur le sol en riant ou en hurlant. Au premier plan, on peut voir un homme habillé de rouge, qui brandit un crâne humain, comme s’il s’agissait d’un trophée.
Le Serment des Ames perdues
Il s’agit d’un groupe de personnes, dont les visages sont distordus par la douleur ou la peur, qui se tiennent la main en cercle. Autour d’eux, des flammes s’élèvent, projetant des ombres menaçantes sur les murs. On peut discerner des symboles sataniques et des inscriptions en latin dans les coins de la peinture.
Le Miroir des Secrets
Cette scène montre une femme nue qui se tient devant un grand miroir, avec une expression de terreur sur le visage. Dans le reflet, on peut voir des figures encapuchonnées, qui semblent la menacer. Autour d’elle, des formes mystérieuses se dessinent dans les ombres, laissant soupçonner la présence d’autres entités maléfiques.
La Danse Macabre
Cette toile a pour sujet un cimetière la nuit. Les morts se sont levés de leurs tombes pour danser une macabre farandole. Des squelettes vêtus de haillons dansent avec des femmes, tandis que des éclairs zèbrent le ciel. Au premier plan, on peut voir un homme qui regarde la scène, avec une expression de terreur mêlée de fascination.
Adrian n’a ni femme, ni enfant. A sa mort, sa maison et sa collection reviennent à de lointains parents qui espèrent faire fructifier leur héritage.
Ils ouvrent donc régulièrement la maison pour des visites payantes.
Les héritiers déchantent rapidement.
Car les visiteurs repartent avec l’impression d’être constamment observés. Plusieurs d’entre eux affirment même avoir reconnu Adrian sur certaines des toiles.
La collection et la maison sont donc mises en vente.
Un collectionneur se déclare intéressé.
Celui-ci organise une exposition dans sa galerie d’art à Paris. Puis il se rétracte soudainement.
Il se dit victime de cauchemars et de visions étranges, où les personnages semblent sortir de leur cadre et le suivre partout. La maison ne se vend pas non plus. Les voisins affirment que le peintre est toujours là. A la recherche de ses toiles ?
Les tableaux regagnent donc la maison de la rue des lilas. Celle-ci restera inhabitée, bien qu’on aperçoive parfois une silhouette par les fenêtres.
La totalité des toiles sera détruite quelques années plus tard dans un incendie à l’origine inconnue.
